La crise fait les beaux jours du chantage sexuel

« Je connais pas mal de monde que votre CV intéresserait. Allons dîner, nous verrons ça de plus près… » Non, ce n’est pas la réplique d’un film mais la proposition d’un dirigeant à une collaboratrice potentielle. A l’heure du chômage de masse, conserver son emploi, savoir se faire recommander, cela revient souvent à être soutenu, choisi, aidé. Mais parfois aussi désiré, manipulé, possédé…  « Des indices laissent penser qu’il existe une corrélation entre la crise et certains cas de harcèlement sexuel », avance Marylin Baldeck, secrétaire générale de l’Association européenne des violences faites aux femmes au travail (AVFT). « Je ne m’avancerais pas sur une corrélation chiffrée, car elle est impossible à mesurer, en revanche, il est très clair que le discours des victimes a changé. Cela fait onze ans que je travaille à l’AVFT et j’ai pu noter une nette différence entre les demandes des victimes en période de prospérité et en période de crise. Avant, les femmes sollicitaient un accompagnement pour quitter leur emploi dignement et repartir avec des indemnités. Aujourd’hui, elles nous demandent comment garder leur emploi malgré la situation de harcèlement. »

La peur de perdre son emploi représente une véritable aubaine pour les harceleurs qui chassent en fonction des zones de fragilité qu’ils repèrent chez leurs victimes. Dans les secteurs qui recrutent, les femmes victimes de harcèlement ont davantage la possibilité de changer de travail.  

« Depuis plusieurs années, aucune infirmière n’est venue dénoncer un cas de harcèlement à l’AVFT, explique Marylin Baldeck.  Mais aujourd’hui, une infirmière qui démissionne sait qu’elle retrouvera du travail, ce qui est loin d’être le cas pour d’autres métiers. »
Dans les secteurs plus touchés par la crise, les femmes essaieraient donc de tenir bon pour garder leur emploi. C’est ce qu’a fait Constance, ancienne salariée d’une société de production : « je travaillais depuis trois ans dans la société, lorsque mon supérieur hiérarchique a divorcé : devant régler à son ex-femme une pension conséquente, il s’est mis en tête de lui trouver un travail afin d’alléger ladite pension. Il a commencé par me demander de l’aider à lui trouver un emploi, puis il a changé de tactique, jouant de sa séduction, n’hésitant pas à me caresser le bras. La situation est rapidement devenue invivable, mais je voulais tenir bon. Il s’est débarrassé de moi en me licenciant, pour mettre son ex-femme au poste que j’occupais. » Aujourd’hui, Constante est intermittente, à la recherche d’un emploi stable.

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