Un dispositif qui sauve des vies : le téléphone d’alerte pour femmes victimes de violences au sein du couple

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Samedi dernier vers 19 heures, la ligne dédiée aux femmes battues retentit chez Mondial Assistance. Au bout du fil, une voix paniquée réclame de l’aide. L’interlocutrice raconte que son ex-mari l’a enfermée depuis cinq jours chez elle à Aulnay (en région parisienne) avec ses trois enfants. Aussitôt l’opérateur répercute l’appel, comme le protocole « Femmes en très grand danger » le prévoit, sur le canal dédié de la police.

Une patrouille part aussitôt sur les lieux. Le mari violent est interpellé, et sa femme et ses enfants sont enfin délivrés. Mis une nouvelle fois à l’épreuve des faits, ce dispositif « est maintenant bien connu de tous, magistrats, policiers, travailleurs sociaux, associations. Nous avons réussi à créer un maillage protecteur pour ces femmes », explique Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire de la violence envers les femmes en Seine-Saint-Denis.

Imaginé en 2009 par l’Observatoire, le téléphone d’alerte est équipé de trois numéros enregistrés et est attribué uniquement aux femmes victimes de conjoints très violents. Selon un protocole bien établi, l’association SOS Victimes 93 évalue les femmes « à risques ». Après enquête, le procureur de la République confie le précieux téléphone.

A Aulnay, cette jeune femme de 31 ans avait été équipée du portable il y a un mois. Son concubin a été condamné à plusieurs reprises pour des violences conjugales et des menaces de mort. « Il était sous le coup d’un sursis et avait interdiction d’entrer en contact avec elle », indique le Parquet. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) chargé de l’évaluer pendant son contrôle judiciaire avait souligné sa dangerosité. Un signalement sera effectué auprès d’un magistrat qui aboutira à l’attribution du téléphone. « Ce dispositif est très rapide », insiste Ernestine Ronai. Le maniement du téléphone est simple. Il comporte un bouton d’appel d’urgence préprogrammé.

La parade aurait cependant pu échouer. Le geôlier avait pris soin de confisquer le portable et l’avait dissimulé dans l’appartement. Ce n’est qu’au bout de cinq jours que la victime parviendra à mettre la main dessus et à donner l’alerte.

Auparavant expérimentés dans 13 départements, le téléphone d’urgence pour femmes battues a été généralisée à toute la France en août 2014, pour les femmes en grand danger, victimes de violences au sein du couple ou de viols, par la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Il « constitue une des mesures prioritaires du 4e plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes », soulignent les ministres Christiane Taubira (Justice), Bernard Cazeneuve (Intérieur) et Najat Vallaud-Belkacem (Droits des femmes) dans un communiqué.

220.000 victimes par an

Les derniers chiffres de l’Insee, publiés en décembre dernier montrent que 1,2 million de françaises de 18 à 75 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles sur deux ans (2010-2011), soit 5,5% de cette tranche d’âge.

En moyenne ces dernières années, 220.000 femmes par an ont été victimes de violences conjugales, mais moins d’une sur trois s’est déplacée à la police ou à la gendarmerie. Une étude du ministère de l’Intérieur a estimé que 148 femmes sont mortes en 2012, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, soit en moyenne, une tous les 2,5 jours.

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