Les filles sont plus menacées par les mutilations génitales en été

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Quand les établissements scolaires ferment pour laisser place aux grandes vacances, les pays et cultures pratiquant les mutilations génitales féminines (MGF) profitent de la période pour augmenter la cadence des opérations, rapporte le site de la chaîne CNN. Une manière, selon les partisans de ces actes, de laisser plus de temps aux jeunes filles pour guérir avant la rentrée.

La pratique, qui se retrouve particulièrement dans plusieurs pays d’Afrique comme l’Ethiopie, le Mali ou le Soudan, consiste en l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes sans justification médicale. Elle peut conduire à de sérieuses complications chez celles qui les endurent : hémorragies, infections urinaires, perte de sensation, infertilité…

Le phénomène est particulièrement répandu en Egypte où, malgré une interdiction des MGF depuis 2008, une extrême majorité de femmes (plus de 92%), âgées de 15 à 49 ans, ont subi des mutilations génitales. Dans le pays, les militants anti-excision posent ainsi un regard inquiet sur la période estivale, synonyme pour des millions de jeunes femmes d’une augmentation de la fréquence de ces mutilations.

Les nations les plus touchées par les MGF ne sont d’ailleurs pas les seules concernées par ce problème. Plusieurs pays dans lesquels les mutilations génitales sont interdites, comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni, constatent en effet que des familles profitent de l’été pour voyager avec leur(s) fille(s) dans leur pays d’origine. Sous couvert de vacances, les parents font alors subir à leur enfant une excision dans les règles établies par la tradition. Pour lutter contre la pratique des voyages dans le pays d’origine en vue de pratiquer une excision, l’organisation Forward, qui aide à protéger les enfants d’Afrique contre mutilations et mariages forcés, a d’ailleurs publié un court-métrage destiné à sensibiliser le grand public à ce phénomène. Baptisée « Needlecraft« , la vidéo rappelle que les MGF concernent plus de 125 millions de femmes dans 29 pays.

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Un documentaire pour rendre hommage au combat initié par deux éthiopiennes

Dans la région de Gawani, située au nord-est de l’Ethiopie, des militantes de l’association locale Gamissa ont choisi de mener bataille contre l’excision (ablation du clitoris) et l’infibulation (fermeture des petites et/ou grandes lèvres), des pratiques très ancrées dans les familles éthiopiennes, et subies chaque année par des milliers de jeunes filles du pays. Parmi elles, deux Ethiopiennes Afar, Madina Aidahis et Halima Issé, qui n’ont pas hésité à se mettre en danger pour faire changer les mentalités de leurs compatriotes. De village en village, les deux militantes ont tenté de faire comprendre aux familles les conséquences d’un tel acte sur les femmes qui le subissent, quitte à subir l’hostilité d’un peuple très attaché à ses traditions et souvent peu éduqué sur la question. Aussi les militantes s’attachent-elles à prouver, d’une part, que cette pratique n’a pas d’autres fondement que le plaisir masculin, et le préjugé selon lequel la femme excisée serait plus fidèle que la ‘kimbidalé’, la ‘porteuse de clitoris’.

En 2005, un partenariat est né entre Gamissa et l’association française Femmes Solidaires, qui ambitionne de préserver l’intégrité physique des jeunes filles dans plusieurs villages, en mettant l’accent sur l’éducation. Un documentaire racontant cette initiative, intitulé « Kimbidalé », a été lancé le 6 février 2015, journée internationale de lutte contre les mutilations génitales.

La présidente de Femmes Solidaires, Sabine Salmon, explique : « Le documentaire est important dans la mesure où cette question de l’excision et de l’infibulation s’inscrit bien dans les rapports de domination hommes-femmes. C’est aussi une manière de rendre hommages aux femmes là-bas, qui travaillent sur cette question depuis de nombreuses années, bien avant que l’on arrive. C’est enfin l’occasion de souligner que des femmes luttent partout dans le monde, même là où les conditions sont les plus difficiles. […] le documentaire « Kimbidalé » est la preuve que notre projet non seulement fonctionne mais qu’il est aussi duplicable. Il faut désormais pouvoir reprendre ce fil conducteur et l’appliquer dans d’autres pays. »

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