Itinérance: dix millions à investir

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Revendiqué de longue date et fortement appuyé par le milieu concerné, ce soutien accru pourrait maintenant permettre de faire une différence importante.

Pour deux ans, Ottawa augmentera ainsi de 50 % le budget de sa Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI). Pour Montréal, cela représente 10 millions de fonds disponibles. Ceux-ci sont d’ailleurs plus que nécessaires, les sans-abri, hommes, femmes, jeunes, mais aussi plus âgés étant toujours aussi nombreux dans les rues du centre-ville et de plus en plus présents dans les autres quartiers de la ville.

Jusqu’en 2014, malgré des fonds limités, la SPLI avait permis de soutenir efficacement différentes actions comme le travail de rue, l’accompagnement, différentes mesures de réinsertion, le soutien en hébergement et en logement. Plus de 950 logements sociaux pour sans-abri avaient reçu une aide de la SPLI pour se réaliser et des organismes, tels l’Itinéraire et CACTUS Montréal, avaient pu acquérir des locaux pour déployer leur action. 

C’est plus de 50 millions de dollars qui avaient été investis dans ces immobilisations, représentant aujourd’hui tout un actif pour la communauté.

Sans tout régler, la SPLI apportait une aide essentielle, avec un soutien orienté en fonction des priorités établies par le milieu local, le réseau de la santé, la Ville et les groupes communautaires identifiant leurs besoins collectivement.

UNE APPROCHE GLOBALE

Pour la période 2014-2019, le gouvernement conservateur a orienté les fonds de la SPLI vers le Housing First, imposant qu’un minimum de 65 % du budget soit destiné à soutenir cette approche visant l’itinérance chronique avec une offre de logement sur le marché privé. Conséquence : l’intervention menée dans une cinquantaine d’organismes auprès de milliers de personnes a été réduite ou totalement coupée. L’aide aux projets de logements sociaux et autres immobilisations est passée de 60 % à 6 % du budget, le Housing First, malgré son nom, excluant la contribution aux immobilisations.

Depuis le budget fédéral, plus de 400 organismes, élus et autres citoyens ont appuyé la demande pour que les nouveaux fonds annoncés en itinérance soient affectés avec une approche globale et le plus rapidement possible.

Pour faire progresser la lutte contre l’itinérance, il est impératif d’apporter une réponse aux personnes qui sont dans la rue et d’agir pour aider celles qui sont au seuil d’y être à ne pas s’y retrouver. Comme le dit souvent le maire Coderre, en itinérance, le one size fits all ne marche pas.

Avec un montant accru dans la lutte contre l’itinérance, le gouvernement Trudeau a fait un bon premier pas. En permettant le retour à une approche globale et en faisant rapidement descendre ces fonds sur le terrain, on serait réellement en mesure d’investir pour prévenir et réduire l’itinérance.

Article paru dans la Presse +, par Pierre Goudreau du RAPSIM