Ville sanctuaire – Montréal veut protéger les sans-papiers

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La déclaration, qui devrait recevoir l’appui des partis d’opposition, est toutefois jugée insuffisante par les organismes de défense des droits des sans-papiers.

 La déclaration propose que la Ville assure la protection et l’accessibilité aux services municipaux aux personnes sans statut légal sur son territoire.

 La Commission de la sécurité publique aura aussi pour tâche d’élaborer, avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), « une approche pour s’assurer qu’une personne sans statut légal dans une situation de vulnérabilité puisse avoir accès aux services de sécurité publique municipaux sans risque d’être dénoncée aux autorités d’immigration ou déportée ». Cette protection ne s’appliquerait pas à une personne visée par une ordonnance pour une infraction criminelle.

 Montréal demandera aussi aux gouvernements fédéral et provincial de faire en sorte que les immigrants sans papiers puissent avoir accès aux soins de santé et au logement communautaire.

 Le 31 janvier dernier, dans un message sur Twitter adressé au président américain Donald Trump, Denis Coderre avait affirmé que Montréal était une ville sanctuaire. Il s’était ravisé quelques jours plus tard en précisant que le dossier serait soumis au conseil municipal.

 Une fausse sécurité ?

 Les groupes militants membres de Solidarité sans frontières jugent la motion insuffisante. « C’est une résolution très limitée et très symbolique qui n’instaure pas du tout une vraie ville sanctuaire. La base d’une ville sanctuaire, c’est de n’assurer aucune collaboration entre le SPVM et l’Agence des services frontaliers du Canada. Et c’est juste une résolution. Il n’y a aucun pouvoir qui vient avec, estime le militant Jaggi Singh. On peut même considérer qu’une résolution comme ça est pire qu’aucune résolution du tout parce que ça donne de faux espoirs aux sans-papiers en leur faisant croire qu’ils vont être en sécurité ici. »

 « Il y a un certain opportunisme politique de la part de Denis Coderre, a poursuivi M. Singh. On ne peut pas déclarer une ville sanctuaire sans avoir l’assurance que les policiers ne vont jamais collaborer [avec les agents frontaliers]. »

 Rappelons que quelque 200 villes américaines ont le statut de villes sanctuaires, mais les villes canadiennes détiennent moins de pouvoirs que leurs homologues américaines. Au Canada, Toronto, Vancouver, London et Hamilton, en Ontario, ont adopté une telle politique.

 Solidarité sans frontières entend expliquer sa position en conférence de presse lundi matin.

 Plus qu’un symbole

 La semaine dernière, Denis Coderre avait affirmé que sa position dépassait le symbole. « C’est très concret, mais ce n’est pas dogmatique », a-t-il dit en entrevue au Devoir. Au sujet du SPVM, il avait indiqué qu’il lancerait des « messages » : « On fait tous preuve de discernement. […] Ça fait partie d’un agenda d’ouverture de dire qu’il ne faut pas laisser les gens à eux-mêmes dans toute cette tourmente, avec ce qui se passe présentement dans le monde. Je pense qu’on a une responsabilité pour protéger les gens. »

 Les partis d’opposition comptent voter en faveur de la déclaration. « De prime abord, on pense que c’est une bonne idée et on va appuyer cette déclaration », a indiqué au Devoir la chef de l’opposition, Valérie Plante. « Je suis heureuse qu’il y ait une déclaration qui ait suivi le tweet de Denis Coderre parce que je trouvais ça assez problématique que le maire se prononce sur une question aussi importante via Twitter. »

 Mme Plante entend toutefois exiger des précisions notamment en ce qui a trait aux instructions données au SPVM.

 Le chef de Coalition Montréal, Marvin Rotrand, estime que, dans les circonstances actuelles, la prise de position des élus est importante. Il compte donc voter en faveur de la déclaration, tout comme la chef du Vrai Changement pour Montréal, Justine McIntyre, qui dirige la 3e opposition

Paru sur le Devoir 

cérdits photo: Cité sans frontières / Facebook 

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