Centres de désintoxication: Québec fait volte-face et débloque 6 millions

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La subvention, qui vient du ministère de la Santé et des Services sociaux, sera remise directement aux centres qui ne profitent pas du Programme de soutien aux organismes communautaires. Le centre Mélaric, qui a fermé subitement — et dans l’indignation — le 12 janvier, est l’un d’eux.

 « Je suis contente, a réagi la directrice générale adjointe du centre, Lise Bourgault. Ça a pris le tsunami de la fermeture de Mélaric pour que le gouvernement se rende compte que ça n’a pas de bon sens. »

 C’est faux, a répliqué la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois. « On travaille sur le dossier depuis fort longtemps, mon collègue Sam Hamad et moi. J’ai cru à cette solution-là depuis longtemps, mais il fallait finaliser les détails », a-t-elle déclaré.

 La subvention ne modifie en rien la réforme de l’aide sociale. Elle marque plutôt une implication nouvelle du ministère de la Santé dans la lutte contre la toxicomanie.

 « C’est une nouvelle façon de faire qui va être intéressante et qui va nous permettre d’assurer des services de qualité », s’est réjoui le secrétaire de l’Association provinciale des organismes en dépendance (APOD), Nicolas Bédard. Même réaction positive à l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID). « Jusqu’à présent, oui, nous sommes rassurés. Les gens vont trouver un bon endroit pour redevenir des citoyens, redevenir heureux », a déclaré le directeur général, Vincent Marcoux.

Quel avenir pour Mélaric ?

 Mais le centre Mélaric n’est pas sauvé pour autant. « Le 1er mai 2015, les maisons ont perdu 400 $ par mois, par client, a rappelé Lise Bourgault, qui estime avoir cumulé des dettes de 350 000 $ depuis que la réforme de l’aide sociale est entrée en vigueur. La réouverture de Mélaric est conditionnelle à ce qu’on me donne ce que j’ai perdu depuis le 1er mai. J’ai demandé une rencontre d’urgence avec la ministre. »

 À l’APOD, Nicolas Bédard a dit avoir bon espoir de voir Mélaric revivre. « Mélaric serait maintenant viable au quotidien. Il reste à régler les dettes antérieures. On va collaborer avec eux pour trouver des fonds », a-t-il promis.

 Selon Vincent Marcoux, une quarantaine de centres de désintoxication qui accueillent des prestataires de l’aide sociale étaient menacés par la réforme, puisque ce type de clientèle représente 80 % de l’achalandage des 65 centres regroupés dans l’AQCID.

 « Toutes les personnes qui ont de l’aide sociale et qui sont dans les traitements vont conserver leurs 200 $ de l’aide sociale et n’auront plus à défrayer [pour séjourner en centre de désintoxication] », a d’ailleurs assuré la ministre Charlebois.

L’opposition satisfaite

 Le gouvernement libéral a finalement recouvré la raison, s’est réjoui l’élu péquiste Jean-François Lisée. « Je ne suis pas celui qui va accabler un gouvernement qui reconnaît son erreur », a-t-il déclaré en marge du caucus présessionnel du Parti québécois à Saguenay. En réinjectant 6 millions de dollars, le gouvernement est en mesure de « corriger une partie de ses dégâts », a-t-il cependant ajouté.

 « Prenons note et continuons de mettre le gouvernement devant ses incohérences pour qu’il recule en d’autres domaines », a aussi réagi la députée solidaire Françoise David. Elle a néanmoins dénoncé la récupération des six millions de dollars que le gouvernement compte économiser avec sa réforme de l’aide sociale. « Au bout du compte, ce sont encore les plus démunis qui écopent. Quand M. Couillard aura-t-il le courage de piger dans la poche des banques et autres privilégiés pour financer des programmes sociaux adéquats ? » a-t-elle demandé.

Article paru dans Le Devoir

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